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Actualités

Sixièmes de la Québec Saint-Malo

Thierry Bouchard, Gilles Bérenger, Alan Pennaneac’h et Jean Gonon ont franchi la ligne d’arrivée de la Transat Québec Saint-Malo hier en début de nuit, au terme d’un final haletant. Malgré un important handicap d’énergie à bord, les empêchant de faire fonctionner correctement l’informatique, et la perte du spi le plus efficace dans ce type de temps, Comiris-Elior est parvenu à sauver sa sixième place en contenant jusqu’au bout les assauts de X-Blue qui franchit la ligne moins de quatre minutes derrière. Entre frustration de n’avoir pu exprimer tout le potentiel du bateau et satisfaction d’avoir très bien navigué malgré les avaries, l’équipage revient sur les grands moments du match…

« Cette course, c’était comme une régate de grande intensité… sur 12 jours. L’ensemble de la classe progresse. Il y avait un très bon niveau sur l’eau. Il ne fallait pas se laisser distancer. On aurait pu mieux faire si on n’avait rien cassé mais on a réussi à rester dans le paquet de tête et à finir à une place honorable malgré nos avaries. Le bateau va très vite, quand on est bien réglé. Même en ayant pris une mauvaise option, on aurait pu aller chercher le 3ème  si on n’avait rien cassé. La frustration elle est là. On a bien navigué, dans le Saint-Laurent on a fait des bons coups. En équipage, tu es dessus tout le temps. Je ne sais plus combien on a fait de manœuvres dans le Saint-Laurent. On n’a pas arrêté ».

Les surfs à 28 noeuds

« Trois jours avant l’arrivée, on naviguait sous grand-voile avec deux ris et solent dans des vents dépassant les 40 nœuds et une mer énorme. On n’avait jamais vu des talus de cette taille. Dans ces conditions, il faut aller plus vite que les vagues sinon tu te fais rouler. Dans les descentes de vagues, on a fait des surfs à 28 nœuds !!! Au début tu gardes un œil sur la vitesse et sur le cap et quand le bateau descend et accélère, c’est la douche, tu ne vois plus rien. Tu es complètement rincé. On a fait quelques jolis plantés…»

Les bons souvenirs

« Outre les surfs, la descente du Saint-Laurent, c’est magique, avec du vent, des bateaux dans tous les sens, et on était toujours dans les bons coups, c’était un pur moment de bonheur. Et puis les surfs à 28 nœuds.  »

Temps de course : 12 jours 5 heures 44 minutes

Arrivée vendredi 3 août à 23 h 04

 

L'alternateur, le spi et l'OFNI

L'équipage revient sur ses mésaventures :

L'alternateur :« A la sortie du Saint-Laurent, un problème de câblage a engendré un défaut de régulateur de l’alternateur.  On rechargeait des périodes de 15 mn pour éviter une surchauffe. A Saint-Pierre et Miquelon, on a hésité à s’arrêter. On n’arrivait pas à utiliser suffisamment l’ordinateur pour récupérer des infos, du coup, on est monté trop nord dans le cœur de la dépression. Et puis ensuite, la situation se dégradait, on a carrément sorti les cartes papiers ! On a beaucoup de chance d’être arrivés au bout ».

Le spi :« A l’entrée de l’Atlantique, le point d’ancrage du spi, à l’avant du bout-dehors, casse. Première séance de bricolage. On s’arrête quelques heures alors qu’on est dans les trois premiers. Deux jours plus tard, nouvelle rupture sur la réparation du bout dehors. Cette fois, le spi de brise explose. Nouvelle réparation pour tenter de porter un autre spi. Trois heures plus tard, nouvelle casse. Ce spi de brise nous a manqué au moins pendant 48 heures, surtout sur la fin de la course »

L'OFNI : « On avait l’impression qu’on perdait un safran ou même la quille. Ça a duré deux heures. Le bateau était fortement secoué. On a ralenti trois heures et finalement, l’objet, qui a endommagé la quille, s’est désengagé tout seul. On n’a jamais su ce que c’était…Il faisait nuit »

 

Arrivés !!!

Ils ont surgi dans le chenal de Saint-Malo peu avant 23 h hier soir. Dans leur sillage, à quelques dizaines de mètres, X-Blue qui avait tenté de leur ravir une sixième place acquise de haute lutte malgré les avaries successives. Thierry Bouchard, Gilles Bérenger, Jean Gonon et Alan Pennaneac'h n'ont rien lâché. Sans point d'ancrage de spi, malgré la perte du spi de brise, sans énergie à bord lors des 100 derniers milles, ils ont tenu leur rang. Hier soir, pas de berceuse pour s'endormir : aujourd'hui, il sera temps de refaire le match autour d'un steak et d'une salade verte...

 

Arrivée prévue cette nuit

Comiris-Elior et ses quatre garçons ont senti l’écurie et déboulent désormais à 16 nœuds vers Saint-Malo. Leur arrivée est prévue en milieu de nuit dans la cité corsaire. S’ils se battent avec l’ancrage du spi à l’avant du bateau depuis plusieurs jours, ils n’en gardent pas moins la rage de sauver ce qui peut l’être.

« Les organismes commencent à accuser la fatigue. Nous avons des crevasses dans les doigts de pieds et des mains », décrit Thierry Bouchard. « Nous avons hâte d’arriver pour retrouver des fesses et des pieds secs !! » renchérit Gilles Bérenger.

« Pour l’instant personne ne lâche rien et prend son quart avec plaisir. Notre préoccupation première est d’être actif à la première opportunité pour ralentir le bateau et tenter une dernière réparation de l’amure. Tout dépendra des conditions météo. Jeudi matin, alors que nous venions de doubler Roaring Forty, nous avons pris un OFNI (un bout ? un filin ? un casier ?) dans la quille. Cela nous a ralentis pendant deux heures avant qu’il ne se désengage tout seul. L’attaque du voile de quille porte bien les traces de ragage mais sans risque structurel », raconte Thierry.

Côté conditions météo, c’est Gilles Bérenger qui écrit la carte postale la nuit dernière. « Début de nuit calme, un peu trop peut-être. Les petits grains qui passent nous donnent parfois un vent un peu plus fort qui va mieux à notre navigation sans spi. Quand il faiblit, il ajoute à la frustration… Avec le vent et les vagues, nous avons jugé un peu trop risqué de s’aventurer sur le nez, deux mètres en avant de l’étrave !!! Cela ne nous empêche pas de tenir des vitesses correctes »

Tandis que les vainqueurs viennent de franchir la ligne d’arrivée, Comiris-Elior va tenter de sauver sa sixième place et devrait pointer son étrave au pied des remparts en milieu de nuit, mais le vent pourrait bien faiblir sur les derniers milles.

 

Pas de spi... pas de spi...

« Pas d'amure, pas de poulie ; pas de poulie, pas de spi ; et pas de spi… pas de spi ! », déclare Gilles Bérenger en milieu de journée, en attendant que les conditions deviennent praticables.

Thierry Bouchard, le patron toujours désigné pour aller jouer du tournevis à califourchon sur le bout-dehors, n’est pas découragé : « on va tenter une énième réparation de l'amure, mais il faut attendre que la mer se calme. Pour l'instant il y a des talus d'une dizaine de mètres et cette nuit on a fait un surf à 28 nœuds".

Et l'équipage de raconter en live la rencontre de Comiris Elior avec le Belge Michel Kleimjans :

« On vire vers  2 h du matin et quelques temps plus tard voila t’y pas qu’on croise notre Belge. Alors d'abord on le déboite - on est mal polis - et d'un coup, grosses vibrations dans la barre, merde, on a pété un safran ? On regarde partout, on ralentit, on cherche, on ne voit rien… et finalement on comprend qu'on a quelque chose dans la quille ou l'arbre d'hélice. Par 35 nœuds, on ne voit rien, rien à faire, le Belge se refait la malle... Près d'une heure trente plus tard, les écoulements cessent d'être perturbés, nous retrouvons notre vitesse... » Mystère…

L’équipage estime son arrivée à samedi matin, tôt, très tôt dans la nuit : « Entre 2 et 6 h du matin. On attend un peu de refus et un peu moins d’air mais quand même de quoi bien avancer… On vous tient au courant ! »

 


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